Cloîtré dans
son 15ème étage, un homme tient le journal du désastre. Peu de temps après l’élection de Koromsky à la présidence, la peste aviaire s’est déclenchée. Il tente de survivre comme il
peut, d’abord dans l’isolement total. Et découvre progressivement le nouveau monde provoqué par la pandémie, les jeux politiques et économiques qui s’y jouent. Quelle place pourra-t-il y
trouver ?
Un roman
qui tient de la farce noire, de la critique sociale, du journal intime, et de la science-fiction médicale. à lire vite avant que la peste ne nous
gagne !
84ème jour
Mercredi 9 juillet
J’ai cherché à joindre Robert. Je savais bien, du moins
je m’en doutais, qu’il ne faisait pas que dans le solidaire. J’ai tourné dans le quartier de l’ancienne brocante. À la fin je me suis fait alpaguer par un de ses sbires. Je lui ai dit qu’il me
fallait voir Robert. Pour une question de la plus haute importance. Je ne pouvais parler qu’à lui. Au nom de la « fraction bleue ». Il
haussa le sourcil. évidemment, il ne pouvait pas connaître, je venais juste d’inventer ce nom.
Il m’a donné sa réponse le lendemain. J’ai rencontré
Robert dans le sous-sol de la brocante. Il m’a dit ne pas connaître la « fraction bleue ». Bien sûr, puisqu’elle était secrète ! Cet
argument lui a suffi. Je lui ai expliqué que parmi les bleus, les gens proches du pouvoir, il y avait un réseau de résistants. Des gens près du centre, dégoûtés et effrayés de voir ce qui s’y
passait. « Tu comprends que, pour ta sécurité comme celle de la fraction, je ne peux pas t’en dire plus. Sache seulement que je suis chargé d’une mission spéciale en zone présidentielle, et
que j’ai besoin de matériel. C’est par ça que je voulais te voir. Toi, tu dois savoir où trouver ça ». Il ne répondit pas. Il se méfiait encore un peu.
— Robert, on se connaît depuis longtemps, tu sais ce
que j’ai fait au PS, tu te rappelles, on a animé une commission ensemble, pendant deux ans. Tu connais mes positions. J’ai besoin de toi.
Il restait toujours silencieux.
— Voilà comment je vois les choses. Tu connais bien les
gardes des check points. Je m’y présenterai en combinaison bleue.
Il leva son regard sur moi.
— Oui, j’ai pu récupérer une combinaison bleue, une
authentique, fournie par le réseau comme tu t’en doutes.
Cette information sembla le convaincre. Je tentai de
conclure :
— Une demi heure avant, à un endroit qui te convient,
tu me fournis le matériel. J’aurai un attaché case, il faut que ça tienne dedans. Le seul risque que tu prends, c’est de m’aider à passer le check point de Denfert-Rochereau.
— C’est un peu trop tôt, attend !, me répondit
Robert.
Il me fixait, les yeux dans les yeux, avec insistance.
Il tenait à ce que je comprenne quelque chose qu’il ne me dirait pas.
— Cela fait des mois que j’attends. Tu as bien vu, la
bataille des portes ça n’a servi à rien.
Il haussa les épaules :
— C’était une tentative sympathique. Mais trop
spontanée, crois-moi…
Je ne savais pas en quoi je devais le croire, puisqu’il
ne me disait rien. Je ne voyais pas Robert transformé en Zapata. Il avait plutôt le profil d’un organisateur. En même temps, je le croyais capable d’organiser n’importe quoi…
La conversation a stagné, il m’a dit qu’il me donnerait
bientôt sa réponse. Je ne l’ai pas cru. Pourtant, deux jours plus tard, un type que j’avais déjà vu avec lui est venu me dire que c’était OK. Comme ça, dans la rue, il m’a juste dit :
« Passage Dareau, samedi 9 heures ». Il m’a souri, et m’a tapé dans la main.