Cloîtré dans son 15ème étage, un homme tient le journal du désastre. Peu de temps après l’élection de Koromsky à la présidence, la peste aviaire s’est déclenchée. Il tente de survivre comme il peut, d’abord dans l’isolement total. Et découvre progressivement le nouveau monde provoqué par la pandémie, les jeux politiques et économiques qui s’y jouent. Quelle place pourra-t-il y trouver ?

Un roman qui tient de la farce noire, de la critique sociale, du journal intime, et de la science-fiction médicale. à lire vite avant que la peste ne nous gagne !  

86ème jour

Dimanche 13 juillet

J’ai passé une dernière nuit avec Marine. Sans lui parler de rien. Je lui ai laissé un mot, sur la chaise au 6ème étage : « Je vais essayer de me rendre utile au moins une fois. Ce sera sans doute la dernière. Adieu. Et mort au virus ! ». C’est un peu grandiloquent. Je n’ai rien trouvé de mieux pour tenter de lui donner un peu de peps. J’écris cela revêtu de ma combinaison bleue. J’ai retrouvé mon attaché case. Il est passé de mode, on n’en voit plus guère aujourd’hui, mais je crois que ça passera...

 

Marine, je te laisse ce journal. Tu le trouveras facilement, là, sur ma table où je le laisse en évidence. Il vaut mieux, toujours, connaître la vérité. Pour ce qu’on peut en comprendre, nous sommes tous mal équipés pour ça. Pardonne les mensonges, les oublis. Tu verras, l’essentiel je te l’ai dit.

FIN

Cloîtré dans son 15ème étage, un homme tient le journal du désastre. Peu de temps après l’élection de Koromsky à la présidence, la peste aviaire s’est déclenchée. Il tente de survivre comme il peut, d’abord dans l’isolement total. Et découvre progressivement le nouveau monde provoqué par la pandémie, les jeux politiques et économiques qui s’y jouent. Quelle place pourra-t-il y trouver ?

Un roman qui tient de la farce noire, de la critique sociale, du journal intime, et de la science-fiction médicale. à lire vite avant que la peste ne nous gagne !  

85ème jour

Jeudi 10 juillet

Il y a plusieurs jours, Paule m’a appelé. Je ne sais plus quand, depuis le temps s’est arrêté. Je ne m’y attendais pas. Elle m’a dit qu’elle avait un week-end de libre, mais rien d’enjoué dans sa plaisanterie. J’ai tenté de réchauffer l’ambiance, par pure civilité. Je suis parfois trop poli. Je n’avais pas prévu de la voir, mais pourquoi pas ? Aline me disait toujours que j’étais un homme à femmes, ça l’inquiétait. C’était peut-être ça qu’elle voulait dire : je cédais vite à la simple curiosité, au goût du voyage. Chaque femme comme paysage à découvrir, et redécouvrir. Elle est arrivée bottée et casquée. Elle s’était essoufflée à monter mes quinze étages, il y avait de la buée dans sa bulle de verre. Je l’ai invité à l’enlever, elle a fait non de la tête. Elle m’a laissé ôter sa combinaison intégrale, qui la prenait des pieds jusqu’au cou, mains comprises. Je ne m’interrogeai pas sur cette bizarrerie, j’avais envie d’elle ; et pas plus sur sa passivité lors de notre étreinte que j’expédiai rapidement, sentant sans doute que ce n’était pas ça. Je relevai la tête et cherchai son regard. Son visage était en larmes. Elle m’a sorti les choses d’un coup : « Je suis infectée, c’est pour ça que je n’enlève pas mon casque ». Le fait de parler semblait la calmer. Je tentais de la rassurer. Après tout, on pouvait être malade sans en mourir, et même être infectée sans tomber malade. « Je commence à avoir de la fièvre, et j’ai des courbatures. Tu sais bien, je connais cette grippe par cœur ». Je me dis que si elle employait ce mot plutôt bénin de grippe, plutôt que peste ou H9N1, c’était qu’elle gardait quand même un espoir. « Je ne vais pas attendre la phase de détresse respiratoire, c’est inutile » Elle semblait avoir pris sa résolution. Chercher à la rassurer devenait absurde. C’était donc la dernière fois que je la voyais. Je restais assis au bord du lit, lui tenant la main. Je me retrouvais à son chevet, pris dans la pose de l’assistance au mourant. Il y avait là quelque chose de déréel. Je n’étais plus moi-même mais un personnage, et cela me faisait mal de ne pas être là alors qu’il l’aurait tant fallu. Heureusement, elle ne semblait pas s’en rendre compte : « Je voulais te parler. Pour Aline, tu as raison » Elle se remit à pleurer « Nous ne la reverrons pas ». Comme si il lui serait possible de la revoir alors qu’elle allait disparaître… Je ne bougeais pas d’un pouce. Cette nouvelle ne m’atteignit pas, elle ne fit que confirmer ce que je savais déjà sans vouloir le savoir. Elle toucha juste en moi un désert. Je voulais savoir la suite. « Elle a été mêlée à une sale affaire. Je l’ai vue moi-même partir entre deux gardes. Tu sais, il y a des prisonniers à l’hôpital. Des prisonniers sanitaires. Ce sont des gens qui résistent à la peste. Ils fabriquent des anticorps, on ne sait pas comment. Mais ces anticorps sont utiles. Pas tellement pour la recherche, mais pour certains d’entre nous ». Je trouvais cette formule bizarre dans sa bouche. K disait souvent cela dans ses discours, « certains d’entre nous ». Cela voulait dire : moi et mes proches, mes alliés. « Il suffit de recevoir ces anticorps pour rester indemne de la maladie. Mais il n’y en a pas beaucoup. On n’a pas encore réussi à en faire la synthèse chimique, je ne sais pas pourquoi. Comme tu le vois il n’y en pas pour moi. Seuls les gens indispensables en bénéficient. À raison d’une transfusion par semaine ». Les indispensables, je voyais qui c’était ! Ceux qui oeuvraient au bien commun. Comme Elisabeth. Même pas les soignants, donc, trop interchangeables, mais les décideurs, ceux qui étaient à la tête de la politique et de la finance. Il y avait donc des humains qui étaient mis en batterie à l’hôpital, on les trayait régulièrement. « Je ne voulais pas partir sans que tu saches, pour Aline. Elle a été impeccable jusqu’au bout. Tu la connais. Mais tu vois ça n’a servi à rien ». Je ne pouvais pas parler, je n’avais rien à lui répondre, il n’y avait rien à dire. Paule est vite repartie.

 

Cloîtré dans son 15ème étage, un homme tient le journal du désastre. Peu de temps après l’élection de Koromsky à la présidence, la peste aviaire s’est déclenchée. Il tente de survivre comme il peut, d’abord dans l’isolement total. Et découvre progressivement le nouveau monde provoqué par la pandémie, les jeux politiques et économiques qui s’y jouent. Quelle place pourra-t-il y trouver ?

Un roman qui tient de la farce noire, de la critique sociale, du journal intime, et de la science-fiction médicale. à lire vite avant que la peste ne nous gagne !  

 

84ème jour

Mercredi 9 juillet

J’ai cherché à joindre Robert. Je savais bien, du moins je m’en doutais, qu’il ne faisait pas que dans le solidaire. J’ai tourné dans le quartier de l’ancienne brocante. À la fin je me suis fait alpaguer par un de ses sbires. Je lui ai dit qu’il me fallait voir Robert. Pour une question de la plus haute importance. Je ne pouvais parler qu’à lui. Au nom de la « fraction bleue ». Il haussa le sourcil. évidemment, il ne pouvait pas connaître, je venais juste d’inventer ce nom.

Il m’a donné sa réponse le lendemain. J’ai rencontré Robert dans le sous-sol de la brocante. Il m’a dit ne pas connaître la « fraction bleue ». Bien sûr, puisqu’elle était secrète ! Cet argument lui a suffi. Je lui ai expliqué que parmi les bleus, les gens proches du pouvoir, il y avait un réseau de résistants. Des gens près du centre, dégoûtés et effrayés de voir ce qui s’y passait. « Tu comprends que, pour ta sécurité comme celle de la fraction, je ne peux pas t’en dire plus. Sache seulement que je suis chargé d’une mission spéciale en zone présidentielle, et que j’ai besoin de matériel. C’est par ça que je voulais te voir. Toi, tu dois savoir où trouver ça ». Il ne répondit pas. Il se méfiait encore un peu.

— Robert, on se connaît depuis longtemps, tu sais ce que j’ai fait au PS, tu te rappelles, on a animé une commission ensemble, pendant deux ans. Tu connais mes positions. J’ai besoin de toi.

Il restait toujours silencieux.

— Voilà comment je vois les choses. Tu connais bien les gardes des check points. Je m’y présenterai en combinaison bleue.

Il leva son regard sur moi.

— Oui, j’ai pu récupérer une combinaison bleue, une authentique, fournie par le réseau comme tu t’en doutes.

Cette information sembla le convaincre. Je tentai de conclure :

— Une demi heure avant, à un endroit qui te convient, tu me fournis le matériel. J’aurai un attaché case, il faut que ça tienne dedans. Le seul risque que tu prends, c’est de m’aider à passer le check point de Denfert-Rochereau.

— C’est un peu trop tôt, attend !, me répondit Robert.

Il me fixait, les yeux dans les yeux, avec insistance. Il tenait à ce que je comprenne quelque chose qu’il ne me dirait pas.

— Cela fait des mois que j’attends. Tu as bien vu, la bataille des portes ça n’a servi à rien.

Il haussa les épaules :

— C’était une tentative sympathique. Mais trop spontanée, crois-moi…

Je ne savais pas en quoi je devais le croire, puisqu’il ne me disait rien. Je ne voyais pas Robert transformé en Zapata. Il avait plutôt le profil d’un organisateur. En même temps, je le croyais capable d’organiser n’importe quoi…  

La conversation a stagné, il m’a dit qu’il me donnerait bientôt sa réponse. Je ne l’ai pas cru. Pourtant, deux jours plus tard, un type que j’avais déjà vu avec lui est venu me dire que c’était OK. Comme ça, dans la rue, il m’a juste dit : « Passage Dareau, samedi 9 heures ». Il m’a souri, et m’a tapé dans la main.

Cloîtré dans son 15ème étage, un homme tient le journal du désastre. Peu de temps après l’élection de Koromsky à la présidence, la peste aviaire s’est déclenchée. Il tente de survivre comme il peut, d’abord dans l’isolement total. Et découvre progressivement le nouveau monde provoqué par la pandémie, les jeux politiques et économiques qui s’y jouent. Quelle place pourra-t-il y trouver ?

Un roman qui tient de la farce noire, de la critique sociale, du journal intime, et de la science-fiction médicale. à lire vite avant que la peste ne nous gagne !  

 

80ème au 83ème jour


Vendredi 25 juin

Écouter, rien d’autre. Écouter le rien. Etre aux aguets, immobile. Attendre. Comme un arbre.

Dimanche 27

La nuit n’est pas la nuit. Elle est un autre jour, avec d’autres lumières; plus subtiles. Les choses y ont une autre présence, on les voit de côté.

Mercredi 30 juin

Marine m’a entraîné au souk Galaxie. « Il faut que tu atterrisses », m’a-t-elle dit. Ce mot m’a d’abord blessé. Puis j’ai eu l’impression très physique qu’un gouffre s’ouvrait d’elle à moi. J’avais cru qu’elle comprenait. Peut-être, encore une fois, n’avais-je pas été attentif ? Sinon j’aurais perçu cette dérive entre nous. Maintenant, nous étions chacun sur un continent…

Je l’ai suivie au souk. Mais en moi chantait une voix têtue, j’ai tout fait pour qu’elle ne se taise pas. Je suis resté froid et concentré sur l’essentiel, me disant « tout ça c’est un décor » : les objets en vente, les palabres… Beaucoup de bruit pour rien. Je ne comprends pas ce qui les passionne, c’est tellement absurde. Chez Marine aussi. Mais elle est double. Elle est un pantin sociable parfaitement à l’aise dans ce milieu ; elle est l’autre, celle qui vient du corps. Le sait-elle ?

Samedi 3 juillet

Je connais de Marine ce qu’elle n’en connaît pas. Elle est autre qu’elle ne le croit. Elle est une merveille, mais elle s’en fiche ! Elle a raison, il faut bien qu’elle vive à sa façon. Mais moi, avec qui suis-je ? Avec un théâtre d’ombres ? Il faut cesser.

 

 

Cloîtré dans son 15ème étage, un homme tient le journal du désastre. Peu de temps après l’élection de Koromsky à la présidence, la peste aviaire s’est déclenchée. Il tente de survivre comme il peut, d’abord dans l’isolement total. Et découvre progressivement le nouveau monde provoqué par la pandémie, les jeux politiques et économiques qui s’y jouent. Quelle place pourra-t-il y trouver ?

Un roman qui tient de la farce noire, de la critique sociale, du journal intime, et de la science-fiction médicale. à lire vite avant que la peste ne nous gagne !  

 

77ème au 79ème jour

Dimanche 20 juin

Je reviens vers Marine avec ma cargaison d’odeurs et de bruits du lac. Avec en moi les déhanchements des canards, et leur façon gloutonne de donner du bec. Le désir est une porte qu’elle ouvre en moi. J’en sens la montée, les arrêts, les reprises. Je prends mon temps, j’ai la durée en mains, car je suis victorieux, elle est d’emblée gagnée par ma volonté, que je sais absolue et sans frein. Il suffit d’un geste intérieur, du sentiment grandissant en moi du désir, elle le sent à distance. Je l’atteins sans même décocher une flèche, la simple musique de la corde de l’arc suffit à la renverser. Je suis le Křsna aux mille vachères. Car Marine est mille à elle seule.

Lundi 21 juin

L’amour comme chamanisme. à force de travail et de macérations, d’appartenances arrachées une à une dans la douleur, de pertes sans raison mais nécessaires, trouver l’arbre du monde. Ne plus être une coque, sentir une autre respiration gagner, on ne connaîtra jamais que ce signe ; accepter cette venue, dispenser les effets de la force qui me possède, être cette force ; avant elle je n’étais rien qu’une tentative aveugle.

Mardi 22 juin

Une sève qui coule, sans autre raison que couler. La sève des mots, comme les autres. Peut-être ça.

J’ai éteint la télévision. Plus de neige sur l’écran. Plus de discours non plus. Fini, tout ça.     

 

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Concours

Recherche

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés